Une critique un peu tardive de The Last of Us. Alors, il est certain que vous qui lisez cet article aujourd’hui, avez déjà pleinement connaissance de sa valeur. Avec des articles élogieux partout sur la toile, le dernier né de Naughty Dog s’impose comme LE jeu de cette génération vieillissante, la synthèse de tout ce qui se fait de mieux aujourd’hui sur console.
Les fanatiques de graphismes y trouveront leur compte, entre les modélisations précises des personnages, leurs expressions réalistes et les décors variés tout aussi magnifiques, il n’y a aucune fausse note au niveau de l’esthétique globale et technique, même si l’on remarque à de rares moment un peu de clipping. Le doublage original est également une très grande réussite. Même si la version française est de qualité, les voix anglaises s'avèrent mieux choisies (surtout pour Joël).
Vous savez ce qu’il en est. Et je vais essayer ici de ne pas trop répéter ce qu’il est écrit dans toutes les autres critiques.
Et fatalement, je vais parler un peu du scénario en limitant les spoils au maximum. Cependant vous êtes prévenus.
20 années après la propagation d’un étrange virus à base de champignon (le cordyceps), Joël et Tess survivent comme ils peuvent dans ce qu’il reste de Boston, gérée d’une poigne de fer par les autorités militaires. Au-delà des points de contrôle de la ville, une zone dangereuse peuplée d’infectés sanguinaires. Quand le duo espère remettre la main sur une cargaison qu’on leur a volé et continuer leur trafic, ils se rendent compte que celle-ci a été vendue aux Lucioles (Fireflies), un groupe civil armé résistant à l'oppression. Quand Joël et Tess rencontrent le leader des Lucioles blessée, Marlène, celle-ci les convainc d’escorter la jeune Ellie, 14 ans, vers leur contact plus loin en ville avant de récupérer leur marchandises...
Ce point de départ somme toute banal est l’occasion de nous mettre dans la peau de Joël, un quinquagénaire solidement bâti qui s’est adapté aux dures conditions de la vie hostile sur Terre... Car le fameux champignon transforme les humains en de féroces prédateurs, les faisant muter abominablement en d’étranges êtres mortels. Le cordyceps se propage par l’air (grâce aux spores) mais se transmets plus facilement encore par la morsure d’un infecté, si vous avez la chance de survivre à son attaque. La dégénérescence se poursuit jusqu’à rendre l’infecté méconnaissable, la carcasse vide dévorée par le parasite...
Pour la petite histoire, ce champignon est bien réel et a bien ces propriétés parasitaires, néanmoins, ils n’affecte actuellement que les insectes. Flippant.
Joël n’est pas à proprement parlé un “gentil”. Et il nous le confirmera tout au long de l’aventure de part ses actes extrêmes et lors de quelques dialogues anodins avec Ellie, notamment à leur arrivée à Pittsburgh. Pragmatique et taillé pour survivre à cette nouvelle ère, Joël n’a plus de code moral bien défini au sens où nous l'entendons. Quand Marlène lui colle Ellie dans les pieds, il la considère comme un paquet lourd et indiscipliné. Un peu comme nous, manette en main. On se souvient d’exemples de compagnons ratés et très handicapants (Resident Evil 4 et 5, je vous parle). 2013 aura été l’année des alliés de meilleure allure grâce à Elizabeth dans Bioshock Infinite et maintenant d’Ellie. Loin d’être un boulet à traîner, elle sait très bien se gérer toute seule, se cacher ou même parfois créer des diversions vous permettant d’attaquer plus sereinement. Bon, il faut avouer qu’elle est parfois aidée par l’intelligence artificielle des ennemis, bien plus prompte à punir le moindre de vos faux pas que ceux d’Ellie. Mais dans un sens, ce n’est pas plus mal, cela pallie à ses petites erreurs de discrétion...
La relation entre les deux personnages évolue durant l’année entière qu’ils vont passer ensemble à sillonner les États-Unis. Au début, Ellie n’est qu’un paquet encombrant et surtout impertinent (“Chuuut arrête de chanter, Ellie” - “C’est bon, là, je siffle”) qui ne peut pas encadrer son accompagnateur. Bien entendu, leur relation prend un tournant un peu plus profond assez rapidement, quand le secret d’Ellie est révélé (et ce très tôt dans l’aventure) : elle a été contaminée par le parasite il y a plusieurs semaines, et ne présente aucun signe de mutation, alors que la folie meurtrière apparaît généralement au bout de 48 heures maximum.
Ellie devient alors un espoir, une solution potentielle au déclin de l’humanité, et c’est ce qui la rend si précieuse aux yeux des Lucioles.
Joël ne voudra pas du soutien de la jeune fille, son image renvoyant inévitablement à Sarah, sa propre fille morte lors de la pandémie. Pourtant, c’est oublier qu’Ellie est née dans ce monde violent et décadent. Progressivement, il va apprendre à lui faire confiance, lui confiant armes et responsabilités. La mort fait partie intégrante de son quotidien elle démontre bien vite son courage et sa détermination à survivre. Cet aspect d’Ellie contraste avec son apparence frêle et son jeune âge. Elle n’hésite pourtant pas à s’introduire dans d’étroits passages pour dégager des portes, à partir en éclaireur dans les sombres couloirs, et à défendre chèrement sa peau. Si le joueur ainsi que Joël se sont habitués à ce qu’elle suive le mouvement, il est plus déroutant de la voir exercer son libre arbitre quand bon lui semble, échappant à votre rassurant contrôle. Le point culminant de ce comportement étant atteint en hiver, lorsqu’elle doit prendre soin de son protecteur et prendre elle-même les armes.
On s’en rend assez peu compte avant cela, mais la violence dégagée par ce jeu est énorme. Bien entendu, on dézingue des infectés sans sourciller (quoique ceux-ci sont particulièrement agressifs), mais les autres humains sont tout aussi dangereux, voire malsains. La déshumanisation chère à la fin du monde prend une tournure dramatique quand on réalise qu’au final, chaque protagoniste rencontré n’est qu’un reflet de Joël, une autre possibilité de ce qu’il aurait pu être dans ce monde, et qu’il est lui aussi une cible mortelle à abattre pour survivre. Chacun a son histoire personnelle, sa vengeance, sa propre vie... rien ne les différencie de nos deux héros, si ce n’est que c’est vous qui les contrôlez.
Pas de manichéisme primaire non plus, pas de véritables méchants comme dans Uncharted, juste de bonnes ou de mauvaises rencontres à de bons ou de mauvais moments. D’ailleurs, en terme de jeu vidéo, vous n’aurez à proprement parler que deux combats de boss, le premier dans un gymnase, contre une version plus évoluée de mutants (que vous croiserez encore par la suite d’ailleurs, dans d’autres circonstances), et ce très vite dans le jeu, l’autre, dans l’avant-dernière partie de l'aventure.
Pour survivre, vous devrez confectionner vous-même vos armes et soins. Il vous arrivera bien entendu de trouver de la nourriture dans les maisons abandonnées, mais aussi beaucoup de composants pour fabriquer des couteaux, des cocktails molotov, des trousses de soin, ou d’autres bombes artisanales bien pratiques. Tout ceci se fabriquant en temps réel (comprenez que le jeu ne se met pas sur pause pendant le craft), assurez-vous d’être à couvert pour vous y mettre, les objets servant aussi à renforcer votre arme de combat rapproché (attachez des lames à une barre de fer avec de l’adhésif pour améliorer les dégâts par exemple...) Vous allez également découvrir de nombreuses armes, allant du pistolet à l’arc à flèche en passant par le lance-flamme et le fusil à lunette. Une panoplie classique, mais qui ne fera pas de vous un surhomme. Si il est bien entendu question de quelques “arènes” amenant leur lots d’ennemis à tuer pour progresser, les munitions sont très limitées et leur rareté n’encourage pas les escarmouches, d’autant que même si vous tuez un homme armé, il ne possède pas souvent de munitions pour vous. Le plus sûr reste de contourner silencieusement les ennemis pour les étrangler ou les égorger si le besoin s’en fait sentir, tout en sachant que vos couteaux sont à usage unique...
Le silence sera de toute façon votre allié le plus efficace, que ce soit contre les êtres humains ou contre les infectés. Ces derniers sont divisés en plusieurs catégories différentes mais diablement complémentaires. Le premier stades de l’infection les transforment en Runners, des êtres fous furieux, assez faciles à tuer, mais qui vous foncent dessus en hurlant dés qu’ils vous aperçoivent en rameutant tous ses congénères avec lui. Vous vous retrouverez souvent battus à morts par plusieurs d’entre eux, sans réussir à vous en dépêtrer.
Ensuite vient se second stade, le plus effrayant : les Clickers. Leur nom vient du bruit qu’ils émettent avec leur bouche, et ils n’ont plus rien d’humain. Le champignon a complètement dévoré leur visage et leur cerveau, les rendant aveugles. Dotés d’une ouïe à toute épreuve, il vous tueront en un seul coup si vous avez le malheur de vous faire repérer en marchant... ou par un Runner.
Il ne sera pas rare de devoir traverser de grands espaces infestés de ces créatures, les frôlant parfois de près, au son de leur cliquetis lugubres, tout en évitant d’être vu par un Runner ou de renverser une bouteille.
Les dernier sont une version plus grosse et résistante encore que vous croiserez heureusement rarement.
Joël pourra s'arrêter un moment et tendre l'oreille pour repérer les ennemis se déplacant et ainsi voir leur position. Très utile, surtout dans des environnements infestés de Clickers...
Le titre joue également très habilement avec nos nerfs en utilisant contre nous ce que nous avons appris au fil des ans avec le cinéma ou les autres jeux. Joël et Ellie vont beaucoup voyager et voir du pays. Cela implique parfois de traverser de grands centre-villes ou des places entièrement vides. On pense alors invariablement à une horde d’ennemis qui va déferler sur nos héros, les prenant au piège... alors que la situation est juste simplement calme. Le titre nous maintien dans un état de stress permanent, le moindre relâchement étant sanctionné par un “jump scare” très habillement placé (et vous vous ferez avoir).
L’aventure reste aussi profondément humaine. Il est question d’un ordre militaire, mais vous n’avez pas l’ambition de débarrasser le monde de cette oppression. Les autres jeux feront de vous le messie, le sauveur du monde, le libérateur. Non, The Last of Us est l’histoire d’un homme et d’une enfant qui devront apprendre à se connaître et à se faire confiance pour survivre, histoire violente, magnifiquement racontée, sans aucun temps mort ni aucune pitié. Et ce jusqu’à la dernière seconde.
Naughty Dog offre ici un titre maîtrisé, incroyable, passionnant de bout en bout en plus d'être éreintant nerveusement, mélangeant le jeu d'aventure, d'horreur et l'infiltration, porté par une histoire et une réalisation de très haute volée, hurlant au monde que la Playstation 3 n'est pas morte depuis l'annonce de la sortie de sa petite soeur.
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