Lone Survivor (PSVita) - Test

 Le cinéma nous a appris depuis longtemps qu’il ne fallait pas forcément un énorme budget pour faire peur. De très bons films comme Insidious distillent petit à petit un malaise permanent, de celui qui nous fait craquer nos articulations au niveau de la nuque le soir, et remonter les pieds sur le canapé.

C’est également ce que propose la version dite Director’s Cut de Lone Survivor redéveloppée par Jasper Byrne, récemment sortie sur Playstation 3 et Playstation Vita, avec la bonne idée d’être Cross-Buy et Cross-Save, ces nouvelles fonctionnalités très sympathiques qui s’implémentent de plus en plus sur les jeux des deux machines. En résumé : achetez l’une des deux version pour avoir accès à la seconde gratuitement avec la possibilité d’envoyer la sauvegarde dans le Cloud pour continuer sa partie sur l’autre machine.

Il va sans dire que la version Vita est la plus adaptée. En effet l’esthétique rétro-pixel de Lone Survivor a tendance à agresser les yeux de ceux qui voudraient tenter l’aventure sur un écran 40”, pourtant ce parti pris graphique participe activement au malaise présent, à l’instar d’un "Corpse Party" au style mignon mais présentant des horreurs.

L’ambiance et la mise en scène des aventures de votre avatar esseulé rappellent sans équivoque les meilleurs moments d’un Silent Hill (2 et The Room en tête), on a vu pire comme référence. Mieux, le jeu se paye le luxe de ne reprendre ce qu’il y avait de meilleur dans ces titres : une mise en scène tendue, des effets rapides et efficaces, un manque total de sens aux événements allant crescendo, un petit havre de paix destiné au repos, des couloirs sombres et sales et un des créatures difformes aux mouvements saccadés. On y rajoutera un masque anti-bactérien greffé au visage du héros, l’affublant d’un genre de sourire que le chat du Cheshire n’aurait pas renié

Concrètement, vous déambulez dans un vieux bâtiment (avant de fouler d'autres contrées) à la recherche de… et bien de quoi survivre. En effet, comme un humain normal, vous devez trouver de quoi manger (et parfois nécessité fait loi…), des piles pour votre indispensable lampe de poche, et des munitions pour vos armes… à moins que vous ne préfériez l’infiltration pure en transportant de la viande avariée en guise de leurre pour les étranges créatures qui peuplent les couloirs… Ne néglisez pas non plus le repos, des miroirs servant de téléporteurs vers votre appartement étant disséminés un peu partout, réduisant quelque peu les nombreux déplacements…

Mais au-delà du principe du gameplay, c’est l’ambiance qui captive. Alors que “Thomas was Alone” faisait en sorte que nous tissions des liens émotifs avec de simples formes géométriques, les pixels de Lone Survivor ainsi que les quelques filtres graphiques et surtout sa narration alambiquée vous happeront sans retour possible dans le quotidien glauque d’un homme autour duquel le monde s’est effondré. Avec en marge de petites pilules colorées aux effets inattendus.

Davantage une réussite sur portable que sur console de salon, du fait de l’étirement des pixels rendant parfois le texte difficilement lisible, et doté cette fois d’une traduction française intégrale, Lone Survivor fait partie de ces petits jeux qui laissent une trace… sanglante, telle un test de Rorschach. Une petite pépite, qui vous fera sursauter alors que vous jouez seul avec des écouteurs, dans une pièce mal éclairée et silencieuse… Assurément, Jasper Byrne a tout compris à la peur sans tomber dans les artifices faciles.

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